Mesdames, Messieurs,

Cher-e ami-e, Cher-e camarade,

Je commencerai comme il est de coutume par vous souhaiter  à tous une bonne année 2020 : une année solidaire, fraternelle et rebelle et par vous dire ma satisfaction de partager avec vous une nouvelle fois ce moment convivial.

Il y a un an nous étions dans cette même salle et nous évoquions les luttes des gilets jaunes et déjà les robes noires, les stylos rouges et les blouses blanches et tant d’autres manifestaient leurs colère partout en France.

L’année 2020 s’ouvre une nouvelle fois dans un contexte singulier avec des atteintes inédites portées à la justice sociale de notre pays, avec notamment le projet très contesté de réforme des retraites.

Dans la rue se mêlent, ce matin encore : cadres, employés, cheminots, hospitaliers, avocats, intermittents du spectacle, portuaires, marins,  publics, privé…. Tous les secteurs sont représentés et tous portent la même colère, le même sentiment que ce gouvernement a choisi le règne de la finance contre celui de l’humain.


Rappelons qu’en 2018, 298,8 milliards d’euros de revenus financiers ont été distribués (source INSEE) sans aucune cotisation pour notre système de protection sociale !

Cette contribution permettrait de récupérer 34 milliards d’euros à court terme.

Comment ne pas se souvenir des mots d’Ambroise Croizat : « La sécurité sociale est la seule création de richesse sans capital. La seule qui ne va pas dans la poche des actionnaires mais est directement investie pour le bien-être de nos citoyens. Faire appel au budget des contribuables pour la financer serait subordonner l’efficacité de la politique sociale à des considérations purement financières. Ce que nous refusons. »

En ce qui me concerne, et avec beaucoup d’autres, je pense que comme Ambroise Croizat que d’autres choix s’imposent, tournés vers des valeurs de progrès social et de redistribution des richesses (…).

Et je suis bien d’accord avec ce qui a guidé Ambroise Croizat dans la mise en place de la Sécurité Sociale et ses orientations : «Mettre définitivement l’homme à l’abri du besoin, en finir avec la souffrance et les angoisses du lendemain ».

C’est d’autant plus crucial que la pauvreté frappe notre pays : plus de 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté dont  de nombreux retraités et de nombreuses mères isolées,  et les enfants ne sont pas épargnés.

C’est la raison pour laquelle Evelyne Santoru-Joly indiquait, dans son billet pour Accent que les élu-es du groupe avaient réaffirmé lors du vote du budget que notre collectivité devait renforcer les actions en matière de solidarité car notre action de solidarité et d’insertion est avant tout une action pour la dignité humaine.

C’est pourquoi il faut relever le niveau de l’APA, l’aide à l’insertion, aux associations et à la construction de logements sociaux.

De son côté, l’UNICEF rappelle qu’en France, un enfant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, soit près de 3 millions d’enfants pauvres, ce qui représente un taux nettement supérieur à celui de l’ensemble de la population qui oscille autour des 14 %. Dans un quart des cas, les jeunes issus d’une famille dont les parents sont sans diplôme et pauvres sortent eux-mêmes de l’école en situation d’échec.  

Cette semaine M6 a diffusé un documentaire sur l’accueil des enfants placés et suivis par les départements.

Quoi que l’on puisse penser de la manière de traiter ces informations, il faut reconnaître que la protection de l’enfance n’est pas au niveau des besoins. Il manque de place d’hébergement, il manque de personnel. Valérie Marque – responsable au syndicat Cgt du Département du secteur social –  indiquait à la Provence que nous faisons de ces enfants de véritables bombes à retardement.

Notre collectivité a le devoir de les accompagner et de tout mettre en œuvre pour que chaque enfant ait le droit de vivre et de grandir avec tous les moyens nécessaires à son développement. Mais nous sommes loin du compte !

Evelyne Santoru-Joly  rappelait d’ailleurs en fin d’année que :   

L’exposition des enfants aux violences conjugales est une réalité terrible. Selon la Fédération nationale solidarité femmes, 4 millions d’enfants sont témoins de violences conjugales en France.

Longtemps minoré, leur impact traumatique sur l’enfant est désormais largement établi et les études mettent en évidence leurs effets néfastes sur le développement affectif et social des enfants, leur santé, leur sécurité et leur comportement.

Les travailleurs sociaux du Département sont généralement les premiers liens avec ces enfants. Il est donc urgent de doter ces structures d’accueil  de moyens financiers et humains supplémentaires afin qu’elles puissent répondre dans de bonnes conditions à la détresse des victimes de violence. Lors du grenelle des violences conjugales le 1er  ministre a annoncé la création de 1000 places d’hébergement d’urgence. Dans notre seul département, 250 places sont nécessaires. ».


C’est pourquoi dans le cadre du 30eme anniversaire de la signature de la convention des droits de l’enfant les élu-es de mon groupe ont décidé d’une initiative publique et de travailler à faire des propositions dans le cadre de la nouvelle élaboration du schéma départemental enfance famille.

La première rencontre sur le sujet s’est tenue lors du dernier conseil de canton à Port Saint Louis porté par Aurore Raoux.

C’est aussi pour cette raison que Gérard Frau est intervenu auprès du Préfet afin qu’une solution d’hébergement soit trouvée pour les mineurs de Saint Just et que ne soit pas engagée d’expulsion pendant la trêve hivernale.

Au passage,  je tiens à saluer les associations et leurs bénévoles qui défendent chaque jour et chaque nuit les valeurs : de solidarité de partage, de fraternité, celles qui œuvrent contre les injustices, pour l’entraide et la solidarité dans nos cantons et dans le département.
Que 2020 soit une année plus solidaire et plus fraternelle ! Dans ce contexte contraint inédit, le Département doit être le pilier social de la République décentralisée, un véritable bouclier protecteur.

Dans nos cantons nous travaillons à donner la parole aux citoyens, à construire avec eux des propositions et nous comptons bien amplifier nos rencontres pour contribuer à faire émerger avec les habitant-es des propositions qui soient au niveau des besoins. C’est le sens de l’intervention de Nicolas Koukas en séance publique pour demander quelques explications après le mouvement de grève des agents du secteur de la culture. En effet, les personnels des archives, de la bibliothèque, des musées se sont élevés contre les orientations prises et les choix en matière de programmation.

L’égalité d’accès aux Services publics et l’équilibre culturel paraissent remis en cause. Ces personnels de la collectivité ont le sentiment de ne pas être respectés, et qu’on ne les laisse pas accomplir leurs missions ! Ce ne sont malheureusement pas les seuls !

Notre collectivité avec son volet solidarité nous engage à  construire et valoriser la mémoire et le patrimoine, encourager le livre et la lecture, développer le spectacle vivant et cela partout et pour tous !

Pour répondre à la compétence obligatoire en matière de lecture publique, le Département avait engagé un travail partenarial avec les bibliothèques des communes, reconnu par tous.

Nous intervenons pour que cette mission se poursuive et que des moyens soient mis en œuvre dans ce sens.

 » L’intelligence est à la croisée des chemins. Il lui faut choisir ! La guerre ou la paix, la servitude ou la liberté, la haine ou l’amour, le mensonge ou la vérité, la passivité ou l’action, la misère ou le bien-être créateur ? Qu’elle décide ! » 

Quelle formidable résonance actuelle dans ces mots tirés d’un discours désormais célèbre de Paul Vaillant-Couturier d’octobre 1936 et qu’il concluait en invitant, face au fascisme, à des “États généraux de l’intelligence française”. Notre action, nos choix d’interventions sont guidés par cet objectif.

Vous l’avez vu nous avons choisi de mettre nos vœux cette année sous le thème de l’avenir de la planète et des enfants.

Les enfants, je vous ai fait part de nos inquiétudes et propositions. Notre planète est bien mal en point.

D’ailleurs, je lisais la semaine dernière l’interview dans la Marseillaise de la sociologue Monique Pinçon-Charlot, elle démontre que misère sociale et réchauffement climatique ont tous deux les mêmes causes : la violence du système capitaliste qui s’accapare toutes les richesses et en particulier les ressources naturelles.

En  Australie, la population paye le prix fort de la réduction des moyens attribués aux services publics en général et aux services de secours en particulier. Pas assez d’agents, trop peu d’aide aux bénévoles (dans la région de Canberra 90 % des 3000 pompiers mobilisés sont des volontaires), pas assez d’avions ni d’hélicoptères, d’où le recours à l’armée pour limiter les dégâts. Saluons au passage les pompiers du SDIS qui sont partis en renfort.

Ces questions ne se sont pas posées quand il s’est agi de mettre toutes les forces dans la guerre du golfe et dans les interventions aériennes pour tempête du désert. Nous n’avons vraiment pas les mêmes valeurs !

La lutte contre le réchauffement climatique est une affaire sérieuse.

Elle ne peut souffrir d’aucune mise en doute des résultats des travaux scientifiques.

 
Lutter contre le réchauffement climatique demande sur la durée de réelles politiques publiques qui ne peuvent se satisfaire des mesures d’austérité drastiques.

Tous les échanges que nous avons avec les habitant-es de nos territoires montrent le besoin de plus de services publics.

C’est surement pour cette raison que le gouvernement a profité de l’été, pour décider de sa loi de transformation de la fonction publique. Encore une fois ce sont de nouveaux coups portés aux collectivités que l’on assèche financièrement, et aux agents qui en sont les piliers. Comment peut-on penser qu’il serait salutaire de supprimer 100 000, 200 000 voire 500 000 emplois ?

La situation de l’hôpital montre combien il est nécessaire, au contraire, de faire plus pour des services publics utiles à tous.

Les incendies qui ont touché notre département dans mon canton ou les tornades comme à Arles montrent combien l’intervention efficace et rapide des agents des Services Publics et du SDISS a permis de lutter aux cotés des habitants.

Gérard Frau, dans son intervention à la rencontre nationale des Conseillers Départementaux indiquait : « L’autonomie financière des collectivités territoriales désigne la capacité de ces collectivités à bénéficier de ressources propres. Cette autonomie constitue une déclinaison du principe de libre administration des collectivités dans le domaine budgétaire et fiscal. » Ce n’est pas pour rien que Macron souhaiterait que l’autonomie financière des collectivités soit suspendue. Il s’agit de casser le lien entre les élu-es de proximité et les habitants et donc la démocratie !

Enfin, vous connaissez ma détermination pour que vive une industrie qui réponde aux exigences environnementales et sociales. Dans nos cantons plusieurs entreprises sont impactées par des choix gouvernementaux et  des centaines d’emplois sont menacés à Gardanne : Alteo et la Centrale et plus largement dans tous le département.

Je continue de penser que des solutions sont possibles à condition que tout soit mis en œuvre pour y arriver.

A plusieurs reprises nous avons rencontré les salariés et sommes intervenus pour que  s’organisent une  table ronde, des rencontres qui permettent de trouver une issue qui prenne en compte l’intérêt des salariés et des territoires.

Avant de conclure quelques mots de Pablo Neruda : « Ah si seulement avec une goutte de poésie ou d’amour nous pouvions apaiser la haine du monde ! »

Apaiser la haine du monde, nous en aurions bien besoin dans cette période de folie meurtrière et guerrière. Nous ne pouvons accepter que la paix soit menacée par la rage des puissants.

Les tambours de guerre de Donald Trump en Iran/Irak doivent cesser de battre, les droits du Peuple Kurde comme ceux du peuple Palestinien doivent être respectés, ceux qu’on appelle les « migrants » venus de l’autre côté de la Méditerranée quand ils n’y périssent pas, sont bien victimes de la misère ou des guerres et sont bien nos sœurs et nos frères.

Paul Eluard écrivait : « Il y a un mot qui m’exalte, un mot que je n’ai jamais entendu sans ressentir un grand frisson, un grand espoir, le plus grand, celui de vaincre les puissances de ruine ou de mort qui accablent les hommes, ce mot c’est : fraternisation. »  Nous en avons bien besoin dans cette période de folie meurtrière et guerrière, je ne peux accepter que la paix soit menacée par la rage des puissants.

Merci, et une nouvelle fois très belle année à tous

Seul le prononcé fait foi

Vœux le 24 janvier 2020 : intervention de Claude Jorda Président du groupe

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